lundi 16 octobre 2017

VISITE DE RAMBOUILLET

Rambouillet fait peau neuve 

L'entrée du château de Rambouillet
et son ancien donjon féodal

 Après deux ans et demi de travaux, le château de Rambouillet est de nouveau ouvert au public, présentant dans les salons du rez-de-chaussée autrefois décorés par la comtesse de Toulouse un ensemble de portraits prêtés par le château de Versailles. La famille de Bourbon-Toulouse-Penthièvre fut en effet propriétaire du château et du domaine de 1706 à 1783. Le comte de Toulouse, fils légitimé de Louis XIV et de Mme de Montespan, acheta le marquisat de Rambouillet en 1706, puis le légua à son fils, le duc de Penthièvre, qui dut le céder à Louis XVI en 1783. Grand chasseur comme tous les Bourbons, Louis XVI adorait en effet ce domaine si giboyeux et tenta de le faire aimer de Marie-Antoinette en lui offrant cette élégante laiterie où elle se plaisait à déguster avec ses belles amies lait et fromages. Mais la reine n’aima jamais cet endroit qu’elle nommait tout bas « la laide crapaudière », car ce territoire marécageux regorgeait de grenouilles et crapauds en tout genre. Elle n’y vint d’ailleurs que deux fois. Comme la reine avait décidé d’allaiter ses enfants, chose qui ne faisait guère à l’époque qu’en Angleterre parmi les familles fortunées, les sculptures de Pierre Julien, un jeune berger dont on avait reconnu le singulier talent, sont une célébration de l’allaitement.

L'élégant pavillon de la laiterie que Louis XVI offrit
à sa femme

Ornementation et coupole de la
salle de dégustation

Coupe en forme de sein

Sculpture de Pierre Julien pour la fontaine
aujourd'hui sans eau

Une table de marbre Empire est venue
remplacer l'originale, en bois

Non loin de la laiterie, se dresse au bord d’un joli canal une simple chaumière offerte par le duc de Penthièvre à la belle-fille qu’il adorait, la princesse de Lamballe. Cette meilleure amie de Marie-Antoinette fut détrônée dans le cœur de la reine par la sotte et cupide, mais ravissante, Yolande de Polignac. La princesse, refusant d’émigrer par fidélité à la reine, eut la fin tragique que l’on sait, dépecée vive par une foule enfiévrée de massacres.

La chaumière aux coquillages offerte par le duc de Penthèvre
à sa belle-fille la princesse de Lamballe

Tout l'intérieur en est tapissé de coquillages

Détail d'un bouquet de coquillages

Longtemps villégiature des présidents de la République, le château tout juste restauré ouvre donc sa suite de salons du rez-de-chaussée au public avec cette belle exposition de portraits. On y voit bien sûr Mme de Montespan, la famille du duc de Penthièvre et le comte de Toulouse représenté en amour, la belle princesse de Lamballe et un portrait peu connu de Marie-Antoinette, coiffée d’une toque de voyage, mais on peut s’étonner de l’absence presque totale de meubles, alors que le Mobilier National n’en manque pas…

Façade du château donnant sur les jardins et l'étang

L'étang veillé par deux groupes de statues

La princesse de Lamballe

Marie-Antoinette à la toque

Une élégante salle à manger dans le goût anglais si prisé de la reine


Domaine de Rambouillet, Tél. 01 34 83 00 25 et rambouillet-reservation@monuments-nationaux.fr.

jeudi 12 octobre 2017

EN NORVEGE

La Norvège de fjord en fjord

Le port d'Oslo

Et la forteresse le dominant
           
          Après l’arrivée à Gardemoen, le nouvel aéroport international capable d’accueillir douze millions de passagers par an, un bus permet de gagner la capitale, située à 47 km plus au sud. Le port d’Oslo semble posé sur une eau bleue ponctuée des taches blanches des bateaux de plaisance, les montagnes servent de toile de fond et la verdure des berges et de la large presqu’île de Bygdoy offrent une impression d’éternité.

          Un hommage à Munch


Le célèbre Cri de Munch

Au centre ville, au 53 de la rue Toyengata, a été édifié un beau musée tout neuf consacré aux œuvres, plus de mille, de Munch, le plus grand peintre norvégien. Ce prodigieux ensemble de toiles ou fusains réalisé dans des teintes sombres, avec des contours puissants, révèle des visages souvent déformés par la souffrance ou l’angoisse, exprimant les tortueux méandres de l’esprit humain. On en émerge bouleversé, dérangé, différent sûrement. Parmi les toiles exposées de façon permanente, Le Cri bien sûr, peut-être l’œuvre la plus célèbre de Munch, mais aussi Jalousie, L’Enfant malade, une représentation de la souffrance de sa petite sœur Sophie, qui l’avait marqué à jamais, Le Baiser ou Mélancolie, et un portrait de Nietzsche annonçant déjà la folie du grand philosophe qui avait été son ami.
          Au milieu du port, l’Aker Brygge forme un espace bien rénové où les vieux entrepôts ont été transformés en immeubles design, avec bars flottants et ponts terrasses aménagés, un peu comme à Brighton, en Angleterre. Une jeunesse saine, blonde et hâlée prend d’assaut les sièges des terrasses en buvant force bières. Certains semblent déjà assez ivres.

          Le phallus géant de Gustav Vigeland


Au Frognerparken d'Oslo, le peuple de pierre de Gustav Vigeland

Son légendaire phallus

       Au nord-ouest de la ville s’étire la grande artère de Kirkeveien. D’impressionnantes grilles Art Déco ouvrent sur le Frognerparken, le parc aménagé pour recevoir les œuvres gigantesques de Gustav Vigeland, le célèbre sculpteur. C’est une succession de nus puissants et souvent chauves, mêlés les uns aux autres, exprimant aussi bien une joie de vivre féroce qu’un épuisement charnel, la tendresse maternelle ou la passion. Statuaires réalisées, pour la plupart, dans un fin granit de Norvège du plus bel effet. Un énorme phallus se dresse vers le ciel d’Oslo, le fameux obélisque de Vigeland.      De jeunes mamans promènent leurs enfants entre les statues, indifférentes à la forêt de sexes érigée là. Parmi l’athlétique peuple de pierre de Vigiland, le Sinnataggen, l’enfant en colère piétinant le sol, serrant ses deux petits poings rageurs, figure l’emblème de la ville.
          Au musée Kon-Tiki, on peut admirer le radeau sur lequel Thor Heyerdahl et ses cinq compagnons étaient partis du Pérou, en 1947, pour gagner la Polynésie française au gré des vents.

          De Kristiansand à Mandal, Flekkefjord et Stavanger
En quittant la capitale pour suivre la côte vers le sud, on parvient à Kristiansand. Si le port industriel emprisonne la ville en son étau de grues, buildings flambant neuf, entrepôts et fabriques, le vieux centre évoque un village de poupées, avec ses anciennes maisons de bois peintes en blanc, bien alignées le long de ruelles se croisant à angles droits, ses jardinets pour rire, ses boutiques vieillottes. Le Fylkesmuseum est un insolite musée en plein air donnant une bonne idée de l’habitat traditionnel en Norvège avant l’ère industrielle, aux curieux toits couverts d’herbe. Il faut ensuite prendre un verre au Kick Café, agréable et décontracté avec sa vaste cour intérieure, bien situé au centre de la ville, avant de filer vers Mandal, 45 km plus à l’ouest, par une route épousant bien la côte la plus méridionale du pays.
          Cet ancien village de pêcheurs campé autour de son petit port exhibe ses maisons aux teintes vives, toujours en bois, laissant parfois place à des jardins exubérants, ses rues tortueuses où il fait bon se perdre. Mandal Beymuseet est une riche demeure toute blanche ayant appartenu à un marchand au XIX è siècle, encore meublée comme autrefois. Y sont exposées les œuvres du peintre paysagiste Amaldus Nielsen, un enfant du pays. Des fenêtres de la maison, on aperçoit le port et l’étalement majestueux du fjord.
          Au restaurant du Dr. Nielsen, situé sur le port, on peut déjeuner d’un assortiment de poissons fumés et d’huîtres, avant de gagner le phare de Lindesnes. Blanc et massif, coiffé de rouge, campé près de la minuscule maison du gardien qu’il semble protéger, il domine de son promontoire rocheux l’étendue du fjord et l'on y jouit d'une vue incomparable. Les innombrables oiseaux marins nichant dans les falaises, occupés à nourrir leurs petits, font un vacarme étourdissant. Plus loin, au minuscule port de Flekkefjord coincé entre mer et montagnes, on visite l’ancien quartier hollandais avant de se rendre à Stavanger, simple bourgade des années soixante-dix métamorphosée en une ville bien moderne, coquette et pimpante, ayant su rénover avec goût ses vieux quartiers. Dans la vieille ville, les antiques maisons de bois sont redevenues toutes gaies grâce aux revenus du pétrole et les entrepôts de la Standard Oil et de Mobil ont été habilement réhabilités. Une imposante cathédrale gothique se dresse non loin du musée de la Marine retraçant l’histoire de la navigation locale et la vie sur une plate-forme pétrolière.

          Une chaire naturelle dominant la mer et le vieux port de Bergen


A bord de l'Express Côtier



La spectaculaire chaire naturelle de Preikestolen dominant le fjord

Le bus file vers Preikestolen, l’un des plus fiers fjords de Norvège. Il faut bien quarante minutes de traversée de la vaste baie de Stavanger pour parvenir au petit port de Tau, puis à Jossang et au point de vue de Preikestolen, sorte de « Chaire » naturelle dominant de huit cents mètres les eaux vertes du Lysefjord et semblant avoir été taillée dans la falaise par la main de quelque géant fou. Si l’on n’est pas sportif, s’abstenir, car il faut près de deux heures d’une marche difficile pour y parvenir. Pour y monter, il faut enjamber une belle faille puis, pour avoir la meilleure vue sur le fjord, on doit s’allonger sur la roche et ramper jusqu’au bord dans une posture plutôt ridicule, mais la vue est impressionnante.
L'élégant port de Bergen et ses hautes maisons

Bergen et ses quais promenades

Au marché aux poissons, on vend aussi des trolls,
ces légendaires lutins nordiques

          La prochaine étape est le port de Bergen, l’un des plus beaux de Norvège, une ville chargée d'histoire. Créée au XI è siècle, elle attira la puissante Ligue hanséatique de Lübeck et ses riches marchands y demeurèrent quatre siècles. Une succession d’incendies la ravagea au début du XVIII è. Pourtant, l’élégance du quai de Bryggen et de ses hautes maisons de bois reconstituées, son marché aux poissons tout frais péchés et son musée hanséatique en font un incomparable séjour... La pointe de Festningskaien ferme la rade au nord, comme un élégant cadenas posé sur l'eau bleue. L’une des quatre hautes maisons de bois rouges du quai de Bryggen a été aménagée en musée évoquant l’existence des marchands de la Ligue, au cours du XVII è siècle. Ils étaient alors deux mille à Bergen, soit le quart de la population, régnaient en maîtres sur la ville, avaient leurs propres lois, parlaient ostensiblement l'allemand et ne se mêlaient guère aux Norvégiens.
          Le Tracteursted, le meilleur restaurant de la ville, est situé au fond de l'élégant ensemble des maisons hanséatiques reconstituées et offre les inévitables spécialités de poissons.
La maison d'Edvard et Nina Grieg

          Un bus local permet ensuite de gagner Troldhaugen, la colline des Trolls, la maison d'Edvard Grieg, le plus célèbre des musiciens norvégiens, qui naquit dans cette cité en 1843. Après une vie itinérante de villes en villes et de concerts en concerts, Edvard et sa femme Nina s'installèrent définitivement à Bergen en 1855, jusqu'à la mort du compositeur en 1907. Un auditorium moderne permet d’écouter la musique du compositeur et l’on peut aussi visiter sa maison toujours meublée comme à l'époque. Ce fut dans le chalet qu’il se fit construire tout près qu’il composa sa célèbre Sonate pour violon en do mineur. Sa tombe, creusée dans la falaise, figure un monument assez mégalo pour cet immense musicien qui fut toujours complexé par sa très petite taille, il ne mesurait qu'1,53 m, comme le montre sa statue à l'échelle réelle. Il faut ensuite se rendre à la curieuse église en bois debout de Fantoft, édifiée au XII è siècle, les poutres la constituant étant plantées à la verticale dans le sol, par souci de solidité. Une navette permet de gagner l'île de Lysoen, où s'élève une curieuse construction rococo, qui parvient à ressembler à la fois à une isba russe et à un palais des Mille et Une Nuits.

          A bord de l’Express Côtier
A Bergen, on embarque à bord de l’Express Côtier qui file vers le grand Nord. La compagnie, la Hurtigruten, existe depuis 1893 et a été fondée pour explorer 2400 km de côte. Elle dispose à présent d’une flotte bien modernisée et confortable. On peut dormir à bord et demeurer sur le même bateau ou descendre de port en port, visiter et prendre le suivant. Certains bâtiments accueillent plus de 800 passagers.


Le délicieux petit port de Floro

          La première escale est Floro, petit port aux maisons gaîment bariolées, bâties sur pilotis au bord de falaises abruptes. Le bateau y relâche une pleine journée, le temps d’une excursion vers Balestrand, puis le village de Vik et ses deux églises, parmi les plus anciennes de Norvège. Balestrand est par malheur affligée de quelques constructions trop modernes, semblant presque agressives dans ce paysage millénaire de fjords très découpés surplombés par de hautes montagnes. Son église de Saint-Olaf est aussi rouge que son célèbre hôtel Kviknes, tout festonné de blanc, évoquant la Belle Epoque, du temps ou l'empereur d'Allemagne Guillaume II aimait y venir en villégiature. A Vik, l’Hopperstad Stavkyrkje, encore une chapelle en bois debout, exhibe comme autant de figures de proue jusqu'à cinq étages de toits superposés, dotés d'animaux fantastiques défiant les visiteurs.
La célèbre Hopperstad Stavkyrkje de Vik,
en bois debout



Vers Vik

       Puis on regagne le bateau dont la prochaine étape est Alesund, littéralement le Chenal de l'Anguille, active ville portuaire bâtie sur trois îles, semée de pimpants entrepôts peints de couleurs vives, pourvue de jolies terrasses de cafés et  d'édifices Art nouveau. On peut y visiter le musée de la Navigation et de l'Artisanat. Un chapelet d'îlots s'étire au large d'Alesund, ourlé d'une fine bordure écumeuse, et des milliers d'oiseaux nichant dans les creux des rochers s'ébattent en piaillant.
De nombreux bassins aménagés en pleine mer servent de parc aquatique. Dans l’un d’eux, trois naïades semblent jouer avec leurs montures, des dauphins, passant de l'une à l'autre, multipliant voltes et pirouettes. Puis paraissent deux orques tachetés de noir et de blanc. Majestueux, monumentaux. Redoutables prédateurs aux crocs acérés sur les dos desquelles les soigneurs ont l'air de surfer avec aisance.
          Au Gullix Bistro, le meilleur restaurant de la petite ville situé comme il se doit sur les quais, le décor rustique figure la cave d'un brocanteur. Au bout de l'île de Godoy, on aperçoit la massive silhouette du phare d'Alnes, d'une blancheur éblouissante rayée de bandes rouges. Eva tient un café dans la pimpante maisonnette jouxtant le phare dont son aïeul avait été le premier gardien, en 1876, proposant son Lighthouse Cake, un gâteau crémeux et fondant à souhait. En contrebas s'étale une petite plage doucement léchée par les vagues.
          A Alesund toujours, une belle bâtisse de pierre grise, l'Alesund Vandrerhjem, permet une halte confortable en attendant l'arrivée du prochain ferry. Ou du suivant. Au Café Brosundel, tout proche, la salle à manger est chaleureuse, avec son ambiance rustique et l’aimable hôtesse proposant  bien sûr les éternels poissons tout frais pêchés.

          L’étonnant fjord de Gerranger
Sauvage et magnifique, le fjord de Gerranger

          Poursuivant sa course vers le grand nord, le bateau s'engouffre dans l'étonnant fjord de Gerranger. Le village, tapi au fond des roches, paraît bien insignifiant, presque fragile parmi ces bouleversements chaotiques portant encore l'empreinte de la colère des dieux. Même le majestueux navire semble incongru parmi ces splendeurs minérales, ces éboulis multiples, ces hautaines falaises.
          Après avoir regagné la haute mer, le bâtiment double sans s'y arrêter le petit port de Molde veillé par ses quatre-vingt-deux glaciers, Bud et sa frange d'îlots, paradis des oiseaux de toutes plumes, pour se diriger vers Trondheim, où il fait escale pour la nuit et y reste à l’ancre la matinée. A la différence du précédent fjord, celui de Trondheim abrite une ville véritable, la troisième de Norvège, fondée dès le X è siècle par le roi Olaf, qui s'était converti à la foi chrétienne et fit de sa cité un centre de pèlerinage dont l'importance ne cessa de croître au fil des ans. Le célèbre musée de la Musique s’abrite dans une maison particulière datant du XIX è siècle, bien conservée et pleine de charme. L'impressionnante cathédrale gothique, romane dans ses parties les plus anciennes, est pourvue d'un rare choeur octogonal datant du Moyen Age. Au Café Dali se rassemble la jeunesse estudiantine de la ville.
Lorsqu'on franchit le cercle polaire, un orchestre joue l'hymne norvégien sur le pont supérieur, puis des airs plus entraînants incitent les passagers à danser. Des membres de l'équipage, grimés qui en sirènes qui en tritons, vendent à prix d'or des certificats attestant que l'on a bien franchi ce fameux cercle, ligne de démarcation imaginaire. Le paysage pourtant a changé. Les sombres forêts ont fait place à des collines pelées, battues par les vents. On annonce le passage de deux baleines et de leur baleineau. On aperçoit d'abord un geyser d'eau, puis une masse grise et une seconde bondissant hors de l'onde pour plonger soudain, toutes deux déployant le double panache de leurs queues. Le petit, déjà de bonne taille, folâtre aux côtés de ses parents. Ils paradent devant ces spectateurs improvisés, follement libres et fiers et déjà si menacés.
          On arrive à Bodo, port d'embarcation pour les îles Lofoten ou les îles Vesteralen. Quelques immeubles trop hauts et trop modernes dépareillent quelque peu le site, sans parvenir à le gâcher tout à fait. Au large, les silhouettes tourmentées des îles, ourlées de blanc, le port bordé des habituelles maisons de bois bariolées, l'agitation incessante des bateaux de tout tonnage offrent l'habituel spectacle, toujours savoureux.

           Un puissant maelstrom
Après quarante minutes de trajet dans un paysage devenu plus austère avec la proximité du Grand Nord, le minibus réservé au ferry franchit le pont bien moderne enjambant un cours d'eau et s'arrête dans le parking prévu pour les visiteurs. Des canots à moteur permettent aux audacieux de voir le maelstrom de plus près en se donnant quelques frissons à la perspective d'être emporté par le tourbillon. En effet, quatre fois par jour, au gré des marées, la mer produit de forts flux et reflux quand elle s'engage dans un passage plus étroit. Alors, quatre cents millions de mètres cube d'eau s'engouffrent à une vitesse pouvant atteindre 40 km heure dans un boyau de cent cinquante mètres de large sur trois kilomètres de long, causant de puissants tourbillons atteignant jusqu'à dix mètres de diamètre. Un premier remous avant-coureur, puis un autre, en sens contraire, annoncent le phénomène. En se rapprochant, les deux courants prennent de l'ampleur, l'affrontement devient inévitable. Les canots pneumatiques dansent sur les vagues.
          Retour au ferry. Même si la profusion d'immeubles modernes et agressifs dépare quelque peu la beauté de l'île d'Austvagoy, les roches reflétées dans une mer au bleu immuable font pourtant de Svolvaer un port plein de charme. Il reste par chance quelques maisons de bois peints se mirant dans l'eau avec des grâces d'autrefois. Il n'y a pas grand-chose à admirer à Svolvaer, quelques magasins d'alimentation affichant des prix prohibitifs, quelques boutiques de souvenirs fréquentées par les touristes, l'habituelle beauté d'un port hanté par bien des embarcations et, surtout, ces pitons rocheux d'un autre âge, plongeant droit vers les flots, où nichent des colonies d'oiseaux tourbillonnants.
          On prend un nouveau minibus pour se rendre au petit village de Kabervag, situé à cinq kilomètres plus au sud. Toutes les maisons sont en bois, basses, comme alanguies au bord de l'eau pour y refléter leurs couleurs vives. Des voiliers ou des barques de pêche ont remplacé ferries ou Express Côtiers. Une seule place carrée abrite quelques boutiques et le joli bar-restaurant du Praestenbrygga, sur le port, où on déguste les fameuses pommes de terre en robe des champs arrosées d'un beurre aux aromates et de bière. On y visite une élégante église en bois, la Vagan Kirke, avant de se diriger vers l’aquarium.

          Le ballet vert d’une aurore boréale

L'éblouissant ballet vert d'une aurore boréale
De retour à bord, on entend le commandant annoncer, comme souvent à l'intérieur du Cercle Polaire, une prochaine aurore boréale. Il n'y a aucun nuage à l'horizon et le froid sec est favorable au phénomène. Des hôtesses passent entre les spectateurs, distribuant petits sandwiches aux œufs de saumon et verres d'aquavit. On dirait qu'une onde verte court à l'horizon telle une mince ligne frisant la mer. Puis elle paraît acquérir vigueur et ampleur, rassemblant ses forces pour s'élever hors de l'onde en conquérant les airs. Elle tournoie à présent, nuée d'un splendide vert d'émeraude. Elle prend des poses, adoptant une forme puis une autre, figurant tour à tour des figures géométriques ou les animaux fantastiques de quelque Eden oublié. Elle devient sans cesse plus ample et plus majestueuse, plus vigoureuse aussi. On croirait que toute la mer se teinte de ce vert intense et lumineux.
          Puis le bateau poursuit sa route vers le Grand Nord et Tromso, l’ancien port de pêche à la baleine. Il fait nuit lorsque le ferry y parvient. Toutes ces petites lumières semblant posées sur l'eau, reflétées par les eaux du port et rendues plus lumineuses par la neige des glaciers enserrant la ville gardent un aspect irréel. Comme dans un conte de Noël, avant la venue du méchant ogre. Celle du phare s'élève plus haut que les autres et semble protéger la petite cité engourdie par l'obscurité. Un grand pont, lui aussi hérissé de lumières, barre la rade, reliant l'île de Tromso et le centre de la ville à la terre ferme.


Alesund le Chenal de l'aAnguille

L'aérien pont de Tromsô

La ville des trolls

Autre troll

Le lendemain, visite de la ville, où le Markens Grade est à juste titre réputé pour ses plats de pâtes et ses bières à la pression. L'ambiance vieillotte, le décor tout en bois, les innombrables instruments de cuisine pendant du plafond, la collection de bières, les tonneaux en guise de tables forment une ambiance chaleureuse. La Storgata, la rue principale, est bordée de jolies maisons peintes et de boutiques attrayantes. A 4 km de là, le Tromso Museum renferme la salle des Vikings et de l'art religieux, puis un premier étage consacré aux Samés, que l'on appelle plus couramment les Lapons.


Le rennes, le meilleur compagnon du Same


Le rude peuple des Samés


Femme Same dans sa boutique de souvenirs

Femme Same

Une jolie coiffe rouge et un bon sourire

         Même s'ils ne sont plus que trente mille en Norvège, ce peuple courageux, habitué aux plus grands froids et à la vie rude des chasseurs et éleveurs de rennes, perpétue une tradition millénaire, pourtant en train de disparaître. Ses jeunes, comme partout, délaissent les traditions ancestrales et une existence austère pour se tourner vers le confort occidental. Ce peuple de chasseurs venu de l'Oural puis remonté vers le Nord sur les traces du gibier, concentré en Norvège dans les huit provinces du Finnmark où l'on parle leur langue, le sâme, est depuis 1989 doté d'un Parlement. Sa vie traditionnelle, organisée autour de la grande transhumance des rennes en avril, quand les femelles, sur le point de mettre bas, se rapprochent des pâturages des bords de mer, s'est également modifiée. Un quota a été établi pour éviter l'agrandissement exagéré de ses troupeaux, détruisant les cultures. Aussi les Samés doivent-ils abattre chaque année un nombre considérable de bêtes, sacrifiant de préférence les mâles aux femelles. Certains ont alors trouvé plus rentable de s'établir dans les villes du Grand Nord pour y attendre les touristes, friands de leurs jolis costumes rouges et bleus, richement brodés, de leurs amusantes coiffes rouges, de leurs attelages de rennes. A Pâques, leur festival a lieu à Kautokeino, dans le Grand Nord arctique, pour y fêter la transhumance.

La cathédrale arctique de Hovig

Le port de Tromsö, déjà le grand Nord

Tromsö, un port toujours très actif


La Cathédrale Arctique, vaste ensemble de béton immaculé, triangulaire, barré d'une immense croix centrale, semble surgie du glacier qui la surplombe. Face à l'oeuvre de Jan Inge Hovig, on ne voit d'abord qu'un seul triangle, mais si l'on se déplace sur le côté, on constate qu'elle est en réalité formée de divers triangle semblant s'emboîter les uns dans les autres. Multiples triangles aussi pour remplacer les habituelles voûtes intérieures jusqu'à l'autel, surmonté par l'éblouissant vitrail de 23 mètres de haut, une création de Victor Sparr renvoyant avec prodigalité ses parcelles de couleurs sur la blancheur des murs.
          La Tromso Domkirke, en fait la vraie cathédrale, la plus belle église en bois de Norvège, dit-on, est une construction néogothique pourvue de riches vitraux. De l'autre côté du pont, au départ du Fjelheisen, un funiculaire monte à l'assaut de la colline Floya. De la cabine, on aperçoit d'un côté la neige et les montagnes, et de l'autre le fjord, le port, l'immense pont et toute la ville de Tromso.
          Le ferry reprend sa course vers l'extrême Nord. Il ne s'arrête pas à Alta comme autrefois, plus à l'intérieur des terres, mais continue vers Hammerfest, où il passe quelques heures. C’est un charmant petit port aux entrepôts et maisons de bois bariolés, léché par l'océan glacial arctique. Les moustiques sont légions et il faut prévoir une bonne provision de sprays. Les Samés sont bien au rendez-vous, vendant leurs peaux de rennes et leurs broderies dans leurs jolis vêtements colorés de bleu et de rouge. Leurs larges pommettes et leurs yeux bridés, leurs peaux cuivrées et leurs cheveux très noirs forment un bizarre contraste avec le reste de la population norvégienne. Quelques rennes mélancoliques, un peu pelés, broutent ce qu'ils peuvent dans les rachitiques jardins des habitants.

       Le Cap Nord et sa célèbre falaise

La mythique falaise du Cap Nord

       Puis le ferry gagne Honningsvag, où il jette l'ancre deux heures plus tard. Le dernier bus, celui de 23 heures, peut effectuer de nuit les trente kilomètres de route sinueuse menant, par le fameux tunnel creusé en 1999, à l'île du Cap Nord et à sa falaise. A la lumière des phares, ces paysages du bout du monde semblent irréels. Blocs de rocs erratiques, molles collines pelées et balayées par les vents, noirceur insondable des abîmes marins.
Une morne étendue de béton cerne par malheur la falaise, mais on peut s'arrêter juste avant l'entrée payante du parking, pour s'aventurer sur l'autre falaise, celle jouxtant le Cap Nord proprement dit. De là, on jouit d'une vue époustouflante, mais l’endroit n’est pas surveillé et dépourvu de barrière de protection. Une glissade et l'on se retrouve en miettes, trois cents mètres plus bas…


          

jeudi 14 septembre 2017

DIOR ET GRANVILLE

Christian Dior à Granville

La villa Les Rhumbs à Granville


Granville fête les soixante-dix ans de la maison de couture Dior, quand le couturier présentait le 12 février 1947 son premier défilé dans l’hôtel particulier du 30, avenue Montaigne, à Paris. Le musée Christian Dior de Granville, dans la Manche, s’est tout naturellement installé dans la maison de famille du grand couturier, dont l’art est devenu symbole de l’élégance parisienne dans le monde entier. La villa Les Rhumbs, au coquet crépi rose, est nichée dans un beau jardin et domine la mer et le cimetière marin tout proche. Et pour fonder sa maison de couture, Christian Dior rassembla autour de lui tous ses amis de Granville.
Elégance équestre

Ses créations subirent l’influence normande, s’inspirant de l’immensité du ciel et de la mer et des souvenirs d’une enfance choyée et heureuse. Ainsi, le vestibule asiatique de la villa, avec ses panneaux peints et son décor de bambou, lui inspira nombre de ses robes japonisantes. L’esprit Grand Siècle du salon l’initia au raffinement des marquises du temps jadis. Le petit salon à la décoration Empire inspira ses robes à la taille haute, aux étoffes drapées très près du corps… Et la proximité des îles Chausey lui donna le goût d’un confort très british. De même que sa mère Madeleine qui crut toujours en son talent et sut l’encourager, Christian aima les fleurs dès sa prime enfance et orna maintes de ses créations d’imprimés floraux, de broderies végétales. Tout le charme et l’attrait de cette nouvelle exposition de ses plus élégantes créations, mais aussi de sa vie et de ses souvenirs tiennent à la puissance de cette évocation de ses sources d’inspiration…

Jusqu’au 24 septembre prochain, « Aux sources de la légende », musée Christian Dior à Granville, Villa Les Rhumbs, 1, rue d’Estouteville, 50400 Granville, Tél. : 02 33 61 48 21.

Christian Dior à 10 ans

Parée pour la promenade
Toilettes en rose tendre dans la chambre de jeune fille

Gris à la ville, grège en soirée

Robe de mariée au filet

dimanche 10 septembre 2017

ERIK ET LE JAZZ

Quand Erik peint le jazz

Erik lors de son vernissage

Lady in concert, huile et acrylique

Erik nous avait habitués à d’étranges compositions à l’acrylique disant le temps qui passe, les choses qui rouillent, les maisons qui se délitent, les piscines qui verdissent et disent l’absence, la mort sans doute. Aujourd’hui et jusqu’au 24 septembre prochain, au ravissant manoir de Brancas, 1388 route de Bonneville, 14130 Les Authiers sur Calonne, dans le Calvados (mf5@hotmail.fr), il nous offre sa vision du jazz. Il mêle les matières, huile et acrylique, acrylique et pastel pour nous offrir un ensemble d’une bonne trentaine de tableaux faisant revivre l’atmosphère un peu magique de la Nouvelle Orléans, quand le jazz faisait danser la vie. Bateau vapeur voguant avec sa cargaison de musiciens, jeune femme évanescente prise par l’émotion de son piano, puissante évocation de Dionne Warwik, jubilation un peu canaille de la jeune violoniste qui rit à son instrument, virtuosité des doigts posés sur les touches du saxo… On est pris par cette ambiance et l’on danse avec ses personnages. Les couleurs éclatent hors de la toile, rappelant certaines audaces du fauvisme, le trait est puissant ou sinueux et aérien…

Sax sur les docks New Orleans, acrylique et pastel

Le Natchez et ses musicien New Orleans, acrylique
et pastel

Walk on with Dionne, huile et acrylique

La fée Lindsey, acrylique et pastel


La propriétaire des lieux et organisatrice de cette exposition dédiée au jazz, Marie-France Meuleman, a aussi convié un sculpteur de talent, parfois facétieux lorsqu’il habille à demi ses figures ou ses bustes de terre cuite, Didier Jeanblanc. Et, pour demeurer durant le vernissage au pays du jazz, souverain, tendre ou sauvage, la chanteuse Alessandra Veneriano interprétait avec brio quelques tubes nostalgiques.

Pour retrouver toute l’actualité d’Erik, voir son site www.erik-peintre.com.

Bluesman de Didier Jeanblanc
L'élégant manoir de Brancas